Après les canicules, la fraîcheur devient un critère d’achat dans l’immobilier
À Livry-Gargan comme à Paris, l’été 2026 a fait entrer le confort d’été dans les visites, avec des écarts de prix déjà observés par les professionnels.
En bref
- Les agents immobiliers observent cet automne des acheteurs qui scrutent la tenue d’un logement par forte chaleur.
- Chambres au nord, volets, rez-de-chaussée frais et jardins sont recherchés ; 10 % des biens sont climatisés.
- PAP chiffre le confort d’été à +15 % pour une climatisation réversible, mais aucun barème officiel n’existe.
- Une réforme du DPE serait dans les cartons, sans calendrier connu.
Sophia a acheté et rénové sa maison des années 1950 à Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis) il y a dix-huit mois, et elle veut déjà la vendre. Pendant l’été caniculaire, ses deux filles, qui dormaient sous des combles pourtant isolés, ont eu si chaud que la famille est descendue passer ses nuits au rez-de-chaussée. Son cas illustre un basculement que décrit Challenges : après les canicules de 2026, le confort d’été entre dans les critères d’achat.
Le marché s’était figé, puis les agents immobiliers ont vu les acheteurs changer cet automne. Valérie Parracone, de l’agence Era Immobilier Montreuil, y voit « un changement chez les acheteurs, qui se demandent si leur logement est habitable par 35 degrés ». Les moindres détails sont désormais scrutés.
Ce que les acheteurs fuient, ce qu’ils recherchent
| Délaissés | Plébiscités |
|---|---|
| Biens mono-orientés | Chambres au nord |
| Exposition sud-ouest | Logements que l’on peut aérer |
| Absence de volets | Rez-de-chaussée « naturellement frais » |
| Cour en béton | Jardins et climatisation |
La climatisation reste rare : 10 % des biens en sont équipés. À l’échelle du pays, une étude du Syndicat des experts évaluateurs immobiliers, coréalisée par l’économiste Benjamin Taveau et publiée en septembre, montre que depuis 2020 les acheteurs se tournent vers des « territoires refuges » de la façade nord-ouest, au détriment du littoral sud, exposé à des chaleurs de plus de 30 degrés. Selon lui, il existe « une mémoire du risque ».
Ce que la chaleur change sur les prix
PAP a donc attribué une valeur au confort d’été, mais il n’existe pas encore de barème officiel, à la différence de celui qui sert à moduler une estimation, par exemple de -5 à -10 % pour un logement mal disposé, bruyant, sombre ou avec vis-à-vis.
Thomas Lefebvre, directeur scientifique de SeLoger, juge le plus probable que les « bouilloires thermiques » se décotent faute d’offres, « à l’image des biens classés DPE F ou G, qui perdent au moins 15 % par rapport à un DPE D ». Le 2-pièces parisien en est l’exemple cité, mais il reste isolé.
Repérer un logement frais avant de visiter
- SeLoger permet de saisir ses propres critères, par exemple « frais l’été ».
- Bien’ici permet de simuler l’ensoleillement d’une habitation selon son orientation.
- Sur place, l’orientation, les volets, la possibilité d’aérer et l’étage sont les points que les acheteurs examinent désormais.
Le diagnostic de performance énergétique n’apprécie aujourd’hui le confort d’été que par des pictogrammes. Une réforme du classement énergétique serait dans les cartons, sans calendrier. Le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, a de son côté encouragé l’installation de volets et de pompes à chaleur réversibles dans les copropriétés, même haussmanniennes.
Réglementer ou attendre
Henri Busy-Cazaux, président de l’Institut du management des services immobiliers, relève : « Pour la première fois, on se penche sur la qualité du bâti en fonction de la canicule, plutôt que du froid ». Mais imposer de nouvelles règles aux propriétaires, déjà pressés par les obligations de rénovation énergétique et une fiscalité élevée, pose question. Yves Le Marrec, expert en évaluation immobilière, tempère : « Un seul été, c’est encore peu, il ne faudrait pas se précipiter ». Il précise que le secteur travaille sur le changement climatique avec des membres du Giec.
Photo : Quang Nguyen Vinh / Pexels