Crédit immobilier : le gouverneur de la Banque de France prévient que les taux peuvent monter
Emmanuel Moulin conseille de comparer les banques et avertit que les taux peuvent augmenter fortement, alors que les grilles d’octobre ont déjà gagné environ 20 points de base.
Au micro de France Inter, le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a prévenu que le coût des crédits immobiliers pouvait grimper si la France restait sans budget, comme le rapporte Capital Immobilier. Le message est double : un conseil immédiat aux emprunteurs, et une mise en garde sur la suite.
En bref
- Le message est double : un conseil immédiat aux emprunteurs, et une mise en garde sur la suite.
- Il décrit aussi un effet d’engrenage : lorsque les intérêts à payer augmentent de 10 milliards d’euros par an, chaque économie est absorbée par cette hausse.
- Avec des taux plus élevés, la même mensualité finance un capital plus faible, ce qui réduit le budget d’achat.
Une alerte sur un taux encore mesuré
Pour Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France, les taux « restent à des niveaux raisonnables », à 3,30. Il invite pourtant à « faire jouer la concurrence », car ils « peuvent augmenter fortement ».
Le conseil pratique tient en une phrase : comparer les offres des banques. L’avertissement, lui, dépend de l’état des finances publiques. Selon le gouverneur, sans budget, une part grandissante des rentrées de l’État irait au paiement des intérêts, au détriment d’autres priorités, et les particuliers pourraient payer leur propre crédit plus cher.
Pourquoi la dette de l’État compte pour un acheteur
Capital rappelle que la dette française a atteint 3 595,5 milliards d’euros, soit 119 % du PIB, et qu’elle pourrait dépasser 121 %. La charge de cette dette coûterait environ 28 milliards d’euros en 2027. La France emprunte aujourd’hui à 4,8 %, l’un des niveaux les plus élevés de la zone euro, contre 3,5 % pour l’Allemagne. Le gouverneur relie directement ce coût d’emprunt de l’État aux taux que paient les particuliers.
Le projet de budget 2027 du Premier ministre Sébastien Lecornu vise un déficit de 5 % et 43 milliards d’euros d’économies. Emmanuel Moulin juge cette ambition limitée mais réaliste, et y voit la limite haute de ce qui est acceptable. À ses yeux, adopter un texte qui fait reculer le déficit avant la fin de l’année serait une première étape pour rassurer les marchés. Il décrit aussi un effet d’engrenage : lorsque les intérêts à payer augmentent de 10 milliards d’euros par an, chaque économie est absorbée par cette hausse. Il s’agit de son analyse, pas d’un résultat acquis.
En octobre, les grilles ont déjà bougé
La remontée n’attend pas le budget. D’après La Croix, les taux des crédits immobiliers repartent à la hausse depuis le printemps, dans le sillage du marché obligataire et des relèvements de la BCE en juin et en septembre.
Le Journal de l’Agence constate pour octobre un relèvement presque général d’environ 20 points de base dans les barèmes des banques, après deux mois de remontée. Dans cette publication, l’OAT à 10 ans a touché 5 % avant de se replier vers 4,85 %. Voici les fourchettes de son baromètre de début de mois, hors assurance. Ces niveaux sont supérieurs aux 3,30 cités par le gouverneur, dont la source ne précise pas la base de calcul :
- sur 15 ans : 3,60 % à 4,00 % ;
- sur 20 ans : 3,70 % à 4,10 % ;
- au-delà de 20 ans : 3,90 % à 4,25 % ;
- prêts relais : 3,60 % à 4,30 %.
Des remises restent envisageables, mais elles profitent surtout aux dossiers les plus solides : emprunteurs fortunés ou à hauts revenus, sur toutes les durées. Les plafonds du taux d’usure du dernier trimestre 2026 s’appliquent par ailleurs depuis le 1er octobre.
Les règles qui ne bougent pas
Selon un autre article de Capital, la Banque de France ne souhaite pas desserrer les règles du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) : 35 % d’endettement maximal, assurance incluse, et 25 ans de durée en principe. Emmanuel Moulin estime que ce cadre n’empêche pas le marché de fonctionner et qu’il protège les ménages contre le surendettement. Les banques peuvent toutefois déroger aux critères pour une partie de leur production, dans une limite de 20 %.
Pour un acheteur, ces 35 % déterminent souvent la somme réellement finançable, avant même le prix du bien ou l’apport. Avec des taux plus élevés, la même mensualité finance un capital plus faible, ce qui réduit le budget d’achat. Les courtiers jugent le dispositif trop rigide : Julie Bachet, présidente de l’Apic, affirme que les banques devraient retrouver davantage de liberté d’appréciation, et cite un baromètre Apic 2026 selon lequel la part des investisseurs locatifs parmi les emprunteurs serait passée de 18 % à 9 %.
Concrètement, avant de visiter, il reste utile de faire chiffrer son budget par une ou plusieurs banques ou par un courtier, en intégrant l’assurance, l’apport et les frais annexes, puis de comparer les propositions, ce que recommande précisément le gouverneur.
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Gary Todd. Licence : CC0.